Il m'a presque bousculé. Il marchait vite, son pas avait une longueur d'avance sur le mien. La main droite rivée à l'oreille, il parlait à voix basse. Puis il a ralenti. J'étais à présent sur ses talons, sans oser le dépasser. Sa converse heurtait le sol avec rythme, mais il semblait avoir perdu cette célérité qui avait failli rompre mon équilibre. Sa voix aussi avait changé. Sans le vouloir, sans vraiment l'avoir espéré, je percevais son timbre feutré, ses mots posés. Puis soudain il s'est enflammé. Mes oreilles devenues sourdes ont reconnu la belle mélodie, les notes chaudes, la fièvre singulière...
Oh non je ne vous dirai pas ce qu'il a dit. Cela ne vous regarde pas.
Mais je voulais vous faire part de mon émerveillement quand soudain j'ai pu voir son regard. Quand il a raccroché, il a pris conscience de ma présence, m'a souri furtivement, a bafouillé un pardon et m'a gentiment laissé prendre les devants, doubler son pas à présent lent, si lent.
Je me suis donné une contenance digne de la sienne fière et digne, puis j'ai allongé mon pas devant ce bout de tissu brun, résigné à perdre à jamais son regard.
Oui j'ai succombé à une de ces fièvres amoureuses qui vous bousculent sur un morceau de couloir et vous poursuivent de leur parfum. OUI, je suis de ceux-là, je nai rien d'autre en tête en ce moment et je me tourne pour me plongé dans sa sihouette si improbablement beige...Comme tous les jours d'ailleurs...